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Voitures de l'association Triumph Club d'Alsace

JAGUAR XK 120 - 140 - 150


Nées par accident!


 

La marque JAGUAR apparaît en 1935 comme une extrapolation de la Swallow Sidecar Company créée en 1922 par un certain Wililam Lyons. Mais la première automobile commercialisée sous le nom de JAGUAR sera la célèbre XK 120. Apparue en 1948 comme un pis-aller dans le marasme économique d’après guerre, elle n’en sera pas moins à l’origine d’une fabuleuse lignée.
La XK 120 est la voiture qui marque véritablement les débuta de Jaguar, même si la firme de Coventry s’est illustrée avant guerre déjà. C’est d’ailleurs en plein conflit mondial que William Lyons, accaparé par l’effort de guerre mais ne doutant pas un seul instant d’une issue rapide des hostilités, s’attelle à la réalisation d’un moteur destiné à propulser les futures berlines de la marque. 111e veut innovant et performant car ce type XK doit préfigurer l’ère nouvelle dans laquelle l’automobile entrera bientôt.
Ses ingénieurs réalisent un six cylindres de 3,4 litres à bloc fonte mais culasse aluminium dotée de deux arbres à cames en tête. Alimenté par deux gros carburateurs SU, sa puissance atteint 160 chevaux et il délivre un couple phénoménal de 23 m/kg dès 2500 tours. Autant dire que ce propulseur bouleverse certaines données bien établies en !!!

Mais à l’issue du conflit, les matières premières sont rares et délivrées au compte-gouttes. La future berline MK V est attendue au mieux pour le salon
de Londres 1948. Il s’avère rapidement que cette échéance pourtant lointaine est encore bien optimiste. Lorsque ce fait devient une évidence, William Lyons décide de réaliser dans l’urgence absolue (tiens, lui aussi I) un prototype destiné à habil1er le joyau mécanique qu’il aimerait enfin pouvoir présenter. Il se lance lui-même dans le montage à main levée de cette voiture. Pas de maquette préalable, à peine une esquisse sur papier, l’exercice est osé ! L’ossature de bois revêtue de feuilles d’aluminium formées prend peu à peu l’allure d’un roadster. Et comme il s’agit d’un exemplaire unique, Lyons ne s’embarrasse pas à chercher une dénomination savante. Le prototype portera le nom de code du moteur associé à ses capacités véloces : XK 120, ce nombre évoquant simplement la vitesse dont il est capable, à savoir 120 miles/heure, ce qui, soit dit au passage, représente tout de même 196km/h!
 


Le roadster XK 140 présenté sur le stand du Salon de Londres 1948, malgré son concept élaboré à la hâte, est doté d’une ligne époustouflante et génère une demande importante. Lyons ne peut faire autrement que d’envisager sérieusement une fabrication à grande échelle. En 1950, la XK 120, réadaptée à la production en série, est disponible sous forme de roadster, mais aussi de cabriolet et de coupé. Le succès promis lors de sa première apparition au Salon de 1948 est largement confirmé. Les différentes versions sont réalisées désormais en tôle emboutie, procédé actualisé permettant d’accéder aux cadences exigées, car plus de T2Di~i~j~laires sont commandés entre 1950 et 1954. Entre-temps, le modèle démontre ses prétentions compétitives en 1949, il est chronométré à matière de motorisation, plus de 213 km/h tandis que de nombreux pilotes privés s’illustrent à son volant lors d’épreuves renommées. Une extrapolation strictement sportive, le célébrissime type C, remporte, pour sa première participation, les 24 Heures du Mans 1951. Ce sera le point de départ d’une belle série de cinq victoires en six ans.
Malgré — ou plutôt à cause - de ses qualités sportives, le modèle conserve une certaine rusticité qui rebute encore tout un panel d’acquéreurs potentiels. Dans un souci de polyvalence, Lyons lance la XK 140 en octobre 1954.

Il s’agit ni plus ni moins qu’une 120 sur laquelle on aurait supprimé les défauts. Le moteur, donnant cette fois 180 chevaux, est avancé de dix centimètres sur le châssis, dégageant de l’espace et autorisant une position de conduite moins courbaturigèfle. La nouvelle direction à crémaillère contribue amplement à faciliter son maniement. De nombreuses évolutions de détail embourgeoisent la voiture. La XK 120 était une bête de course pure et dure la XK 140 devient une confortable routière. Malgré ça, elle pérennise le succès de sa devancière, et ce jusqu’en février 1957 lorsqu’un incendie dévaste l’usine de Coventry, mettant un terme à la production de la 140. Des cendres de cette dernière naîtra l’ultime version de la série XK avant l’apparition de la fantastique Type E. La XK 150 poussera l’agrément de conduite à des degrés rarement atteints sur ce genre de voiture
Le moteur XK restera utilisé sur les berlines dela marque jusqu’à l’aube des années 90, soit plus de quarante ans. Bel exemple de longévité!
 

JAGUAR XK 140 (19M)


SOUVENIRS SOUVENIRS I

C’est bien connu, notre subconscient dirige notre vie. En partie en tous cas. Car comment expliquer autrement certaines résurgences tardives qui bousculent notre quotidien, certains tampons indélébiles qui influencent en filigrane nos aspirations profondes? Le cerveau d’un enfant de quatre à cinq ans stocke irrémédiablement les souvenirs, les
range soigneusement sur une étagère au fond d’une remise cérébrale pour les ressortir au moment opportun.
 


FUMETS FUMANTS

Au début des années cinquante, les parents de Georges tenaient à Soufflenheim un restaurant d’honnête réputation. Honorablement fréquenté, il comptait parmi ses fidèles clients un hôte de marque en la personne du Comte de Stattmatten. Amateur de bonne table, celui-ci aimait à venir apprécier la cuisine familiale au volant d’un majestueux coach Delahaye 135. Cette superbe voiture lui causait pourtant quelques misères. En proie à d’insolubles problèmes de surchauffe, elle dégageait parfois d’impressionnantes volu-
tes vaporeuses, concurrentes directes de celles émanant en délicieux fumets des casseroles de son restaurant favori. Un jour, excédé par les incessants caprices calorifères de la Delahaye, le Comte s’en ouvrit au papa de Georges, le mettant au défi
- Je vous l’échange contre votre Traction 7!
Lancée de prime abord sur le ton d’une inoffensive boutade, cette phrase devient réalité lorsque le restaurateur consent à allonger une soulte somme toute modique au vO de la disproportion du troc. La transaction est verrouillée sous le regard pétillant du petit Georges.
Le problème de surchauffe dûment reconsidéré, ce dernier peut alors profiter pleinement et sans relâche des inoubliables excursions en famille les jours de fermeture du restaurant. Mais fatalement, après quelques années de cet état de grâce automobile, la Delahaye tombe en désuétude. Elle sombre dans l’oubli avant de disparaître sans que le petit garçon ne sache ce qu’il en est exactement advenu.
 


CHOIX PAR ANALOGIE

Restent quelques photos ressurgies des années plus tard, et qui ravivent instantanément les souvenirs sagement empilés dans un recoin de sa tête. Georges n’est plus le petit garçon du restaurant de Soufflenheim, mais il est devenu un authentique passionné de voitures. De belles voitures, à tel point qu’il est à l’origine de la rencontre mensuelle de Haguenau, qui se déroule le troisième dimanche de chaque mois. Bien que propriétaire d’une Austin Healey et d’une Morgan + 8, les formes à la fois bulbeuses et fluides de la Delahaye n’ont pas déserté son esprit. Mais l’acquisition d’une telle voiture ne relève pas d’une simple sinécure. Et comme nous l’avons compris, Georges est un amateur de roadsters anglais. C’est cette qualité qui le conduit à établir un judicieux parallèle visuel avec la Jaguar XK140, dont les proportions rappellent à échelle réduite celles de la voiture qui a véhiculé son enfance: ligne semi-ponton,
calandre ovoïde, phares fuselés, pare-brise à montant central, poupe fuyante, roues fil.. .etc, tous ces éléments semblent inspirés directement de la 135. Fort de ce constat, Georges se met en quête d’un modèle de ce type qui lui permettrait accessoirement un compromis de bon aloi entre ses souvenirs bien vivaces et son attrait pour les roadsters britanniques.
 



C’est lors du concours d’élégance de Baden Baden, en juillet dernier, qu’il a vent, par un heureux hasard, d’un roadster XX 140 disponible dans le Doubs. Dès le lundi matin, il se rend chez le spécialiste Autopassion à Voujeaucourt. Et là, l’étincelle qui sommeillait dans son esprit se transforme soudain en coup de foudre ravageur.
Le soir même, des négociations âpres sont engagées, non pas avec le vendeur, mais avec Madame~qui, elle avait quand Même son mot à dire ! Devant une conviction aussi dévorante, devant un choc aussi dévastateur, elle ne peut que capituler! D’autant que la voiture se trouve dans un état absolument irréprochable. lI s’agit de l’une des toutes premières XX 140 dont la période de production s’étend d’octobre 1954 à février 1957, soit moins de dix-huit mois. Elle est équipée du six cylindres en ligne de 3,4 litres accouplé à une boîte quatre vitesses démunie de l’overdrive. Cette Jaguar, après avoir passé sa jeunesse sousle soleil californien, a été réimportée à la fin des années soixante par un industriel italien du Val d’Aoste. Il la fait restaurer en totalité à la fin des années quatre vingt dix, avec l’exigence d’un degré de qualité particulièrement élevé. La démonstration est faite lors d’un concours d’élégance de haut niveau, où la Jaguar est justement gratifiée d’un troisième grade dans la catégorie restauration authentique’ par l’ASI, organisme référent en matière de voiture ancienne en Italie. Rarement utilisée, elle est conservée amoureusement dans un hangar attenant à l’usine. Mais il y a peu, l’industriel âgé maintenant de quatre vingt quatre ans décide de se séparer à la fois de son usine et de sa collection automobile comportant une cinquantaine de joyaux. C’est ainsi que la XX atterrit dans les locaux de Rétropassion où elle bénéficie d’une méticuleuse remise en route. Le reste de l’histoire, nous la connaissons déjà. Désormais, le petit garçon en culotte courte dans sa grande voiture a laissé la place à un grand garçon dans une voiture plus petite; les , ions ont été rééquilibrées par la vie mais la passion d’un enfant, véhiculée par son subconscient malicieux, est parvenue intacte jusqu’à nos jours...
 


 

Source texte : Retrorencard.com
Source Photos : Jack (sauf la photo noir et blanche : collection privée)
Merci à Georges

 

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